Haillot
ne représente pas tant l’un de ces habitats ruraux du haut moyen âge,
tels qu’ils ont été étudiés – en France comme ailleurs – depuis
quelques décennies maintenant ; il s’agit au contraire d’un habitat
groupé, fixé tardivement à l’endroit du village actuel, aux origines
duquel il préside. L’enquête archéologique menée au cœur du village
depuis dix ans révèle peu à peu ses origines comme les mutations qui
l’ont façonné, au gré de parcelles disponibles ou à bâtir.
Le
village d’Haillot (province de Namur, commune d’Ohey) est situé en
Condroz namurois, sur la rive droite de la Meuse moyenne. Il prend
place à un peu plus de 6 km au sud-est d’Andenne, célèbre abbaye fondée
par Sainte Begge en 692, et dont c’est en quelque sorte l’arrière-pays.
Le terroir sur lequel se répartissent les différentes structures
archéologiques appréhendées s’étend sur un long versant exposé au nord,
entre le tige d’Ohey et le petit ruisseau du Lilot.

Internationalement
connu dans le petit monde de l’archéologie du haut moyen âge depuis la
découverte du cimetière de transition de la « Campagne de Flème », en
1932, Haillot fait à nouveau l’objet de recherches depuis maintenant
dix ans. L’initiative en revient au Service de Jeunesse Archéolo-J,
mouvement de jeunesse consacré à la sensibilisation des jeunes au
patrimoine qui en entreprit l’étude en 1997, dans le cadre d’un
programme d’étude centré sur « Le monde rural en Condroz namurois, des
origines au XIXe siècle ». Les fouilles y revêtent alors
essentiellement un caractère de programme. Parallèlement, la pression
immobilière exercée sur le village, sous la forme de lotissements
notamment, lui valut plusieurs campagnes de fouilles préventives,
prises en charge depuis 2004 par le Service de l’Archéologie du
Ministère de la Région Wallonne en province de Namur, en collaboration
avec l’asbl Recherches et Prospections Archéologiques en Wallonie.
Archéologie
de programme et archéologie de prévention ont ainsi abordé une part non
négligeable du potentiel archéologique du village, de façon plus
extensive en périphérie immédiate, et sous forme d’ouvertures plus
ponctuelles dans le centre ancien. Recherches historiques, en fonds
d’archives, et approche environnementale (palynologique
essentiellement) complètent l’expertise archéologique de
l’agglomération. Si le plan en demeure lacunaire, du fait de
l’occupation actuelle, les constats suffisent néanmoins à dégager les
grandes lignes de l’évolution du terroir, depuis l’implantation d’une
première communauté, au haut moyen âge, jusqu’aux mutations engendrées
par l’exode rural du XIXe siècle.
Une villa gallo-romaine de
faible ampleur a été partiellement étudiée sur le plateau de Matagne, à
quelque 1100 m de distance. Son occupation ne paraît cependant pas
dépasser les limites du Haut-Empire. Plus bas dans la vallée, le petite
cimetière de Flème témoigne ensuite du passage de populations lètes ou
fédérées dans le courant du Ve siècle.
Plus près du village,
c’est à nouveau une nécropole qui signale l’installation d’une
communauté rurale à Haillot, vers le milieu du VIIe siècle. Réparties
en deux grandes phases d’inhumation, les 94 tombes s’organisent au
départ de trois grandes sépultures privilégiées à enclos circulaires.
Tombes fondatrices, elles soulignent le rang aristocratique des
dirigeants de la première génération. Quelques décennies plus tard, les
tombes changent d’orientation, tandis qu’aucun mobilier n’accompagne
plus désormais le défunt. L’habitat correspondant n’a pas encore été
localisé.
Les premiers indices d’habitat rencontrés sous le
village actuel remontent à la seconde moitié du Xe siècle. Un grand
établissement en bois s’y constitue autour de l’an Mil. Il regroupe
plusieurs grands bâtiments sur poteaux plantés, parfois reconstruits,
entourés de constructions annexes plus légères, de clôtures, de fosses
et de petits foyers domestiques. L’organisation des structures paraît
déterminer plusieurs entités distinctes mais juxtaposées, à la manière
des manses ( ?). Neuf fours de potiers se répartissent en deux unités
de production, rejetées en périphérie, de part et d’autre de l’habitat.
La production céramique, caractéristique du bassin mosan, assure sans
doute un revenu complémentaire à l’exploitation agricole.
L’évolution
du petit centre domanial est paradoxalement plus difficile à suivre
durant le bas moyen âge, sans remettre en cause pour autant sa
vitalité. L’élément déterminant demeure l’apparition du château, en
contrebas, sur la première terrasse de la vallée du Lilot. L’érection
d’une motte féodale y signale à l’évidence l’émergence d’une
aristocratie foncière locale (un sous-avoué ?), quelque part au
tournant du XIIe siècle. L’apparition d’une tour d’habitation, de
douves puis de courtines sont autant d’étapes de l’évolution de ce
petit château de plaine. Tandis que la majeure part des forces vives de
l’ancien établissement agricole se trouve regroupée au sein d’une
grande basse-cour, aux contours mal définis. Le modèle castral dicte
alors l’organisation du centre villageois.
L’étiolement du petit
château, au tournant des XVIe et XVIIe siècles, va progressivement
entraîner la mise en défense de la basse-cour. Complètement
reconstruite par François Olivier de Brant de Brabant et ceinturée de
courtines en pierre, la « Cense del Tour » va prendre les apparences
d’une véritable ferme fortifiée dès 1648. Elle suivra ensuite
l’évolution des modes architecturales, au gré de remaniements et de
transformations parfois conséquentes. Jusqu’à sa disparition
définitive, vers 1865 seulement, sous les effets de l’exode rural.
L’approche
environnementale du site affine notre perception du terroir alentour.
Ainsi, chaque étape importante de son développement se solde par un
recul forestier, fruit de l’essartage. Mais les spectres polliniques
dessinent également les grandes tendances de l’économie et de la
gestion domaniales.
Enfin, une petite intervention préventive
effectuée au pied de l’ancienne église Notre-Dame de l’Assomption
permet d’aborder la question paroissiale. Quarte chapelle à la
collation du chapitre d’Andenne, son statut comme sa chronologie posent
problème. Quoique restreintes et toujours en cours, ces fouilles
livrent le plan partiel d’une première église mononef médiévale,
flanquée d’une tour-clocher occidentale. Alentour, le cimetière
paroissial s’illustre par une concentration d’inhumations très dense,
reflet de sa longue utilisation.