Par
cette intervention, il s'agira plus de s'interroger sur la formation
des villages et sur les méthodes à notre disposition pour acquérir de
nouvelles données que de présenter des monographies de sites fouillés
en milieu villageois. Ces dernières années, plusieurs sites alsaciens
d'habitat ont fait l'objet d'intervention archéologique. La diversité
des sites, mais également des prescriptions, des moyens mis en œuvre et
des résultats est une occasion pour s'arrêter quelques instants, comme
nous y invitent les organisateurs de cette table ronde, pour penser
l'archéologie du village. Dans un premier temps, seront présentés
quelques exemples, non exhaustifs de sites bas-rhinois, dans un second
temps les résultats et les limites de ces interventions seront
rapidement exposés. Dans une troisième partie, seront proposées
quelques réflexions suggérées, non seulement par ces interventions,
mais encore plus généralement par le développement de la recherche sur
l'habitat rural ces dernières années.
1. Quelques exemples d'intervention en milieu villageois alsacien (Bas-Rhin)
Six
sites ont été retenus pour la diversité des moyens mis en œuvre (fig.
1). Ils sont tous localisés dans le Bas-Rhin, ce qui n'est pas un
hasard mais un reflet de l'état de la recherche. Leur localisation par
rapport au bâti actuel est variable : intégrés pour Benfeld, pour
Marlenheim 'Appendéris" et Matzenheim et en périphérie immédiate pour
Osthouse, Kuttolsheim (fig. 2) et Bischoffsheim. Le site le plus
anciennement fouillé est celui de Benfeld où 800 m2 ont été explorés en
quatre interventions ne couvrant pas la totalité de ce qui a été
aménagé. Les sondages réalisés à Kuttolsheim ont permis de décaper une
surface de 103,38 m2 sur les 1654 m2 menacés par les constructions. Ce
sont également deux prescription de deux sondages qui sont à l'origine
du décapage en trois zones non jointives de 239 m2 à Bischoffsheim. Le
site d'Osthouse n'a pu être fouillé que sur 2500 m2 alors que la
prescription portait sur 5000 m2. Le cas de Marlenheim diffère des
exemples précédents par le suivi particulier de cette commune,
mentionnée dans L'histoire des Francs de Grégoire de Tours pour abriter
un palais royal. Trois fouilles (l'une est actuellement en cours) y ont
été réalisées auxquels s'ajoutent plusieurs sondages. Finalement le cas
de Matzenheim témoigne de la destruction de vestiges, qui ont eu pour
conséquence une surveillance plus accrue de la commune. Cette
surveillance a conduit à la prescription de sondages qui ont permis de
mettre à jour des vestiges correspondant à la suite du site
précédemment détruit.

2. Résultats et limites
La
fouille de chacun de ces sites a apporté des données nouvelles, dont
l'importance varie en fonction des sites mais surtout en fonction des
moyens mis en œuvres.
L'un des apports communs à la majorité de ces
sites, est la reconnaissance d'une occupation antérieure au Moyen Âge.
Elle peut remonter au Néolithique comme à Benfeld ou à la Protohistoire
(Marlenheim, Osthouse et Matzenheim). Des vestiges gallo-romains ont
par ailleurs été mis au jour à Osthouse et Marlenheim. Seuls les sites
de Kuttolsheim et de Bischoffheim n'ont pas livré de vestiges
antérieurs. Un autre enseignement vient de la présence de vestiges
postérieurs au XIIe siècle. Cela est vrai pour les sites de
Bischoffsheim, Osthouse, Marlenheim "Appederis", Benfeld et
probablement Matzenheim. Il n'est en revanche pas possible sur aucun
des sites étudiés de parler de continuité d'occupation dans l'emprise
de fouille. Au moins deux sites sont localisés à proximité immédiate de
l'enceinte médiévale, en dehors de celle-ci.
L'occupation de ces
sites présente généralement une densité importante marquée par de
nombreux recoupements de structure entre elles. La nature de ces
structures est commune à l'ensemble des sites du haut Moyen Âge dans le
nord de la France mais aussi dans le sud-ouest de l'Allemagne. Il
s'agit de cabanes excavées, à l'architecture et aux aménagements
variables, de bâtiment construits sur poteaux, de fosses variées de
trous de poteaux et parfois de fossés. Une des limites, communes à
l'ensemble des sites, est l'impossibilité des sites, est
l'impossibilité qu'il y a à estimer l'assiette exacte du site et sa
chronologie. Une autre limite tient, là encore, à l'impossibilité qu'il
y a à situer l'emprise de la fouille par rapport au reste du bâti du
haut Moyen Âge et à défini la nature du secteur dégagé. La
particularité des aménagements à l'origine des fouilles et la faible
importance des surfaces fouillées appellent par ailleurs à une extrême
prudence dans l'interprétation. L'objectif de ces fouilles est en effet
probablement plus la collecte des données que l'analyse.
3. Quelques réflexions sur la formation des villages
La
première réflexion concerne l'utilisation du pluriel pour évoquer la
formation des villages. Loin de constituer une fantaisie linguistique,
l'usage du pluriel libère des champs entiers de la recherche ! Dans la
suite de cette reconnaissance d'une diversité des formation
villageoise, la question d'une spécificité régionale, en l'occurrence,
dans ce cas, alsacienne, mérite d'être posée aussi bien pour les
processus de formation que pour les développements au Moyen Âge.
Une
autre réflexion touche à la notion de pôle ou de son centre et à son
corollaire, le déplacement ou le glissement. La formation villageoise
implique t-elle, en effet, la présence d'un ou plusieurs pôles
d'attraction. À quoi correspondent-il et quels sont leurs chronologies ?
L'archéologie
dans le village incite à reconsidérer notre manière de penser et de
faire l'archéologie du village. L'avenir de l'archéologie du village
dépend de la capacité de communauté scientifique à relever ce défi.